MONGO BETI : Un combattant intransigeant, tombé larme à la main.
Les patriotes Africains ont appris avec beaucoup de peine la mort du « combattant écrivain », Mongo BETI, le 7 octobre dernier.
Il y a quelques temps nous mettions en exergue dans une contribution, les propos de NADINE Rosa Rosso, SG du PTB à Bruxelles ou elle soulignait « que le plus dur nest pas encore dêtre un révolutionnaire à vingt ans, mais de le rester toute sa vie ».Nous ne connaissons pas trop bien Mongo Béti, mais ayant eu le privilège davoir été un lecteur de la Revue « PEUPLES NOIRS PEUPLES AFRICAINS » dont il fut le Directeur, davoir été un de ses correspondants et de lavoir rencontré, nous pouvons affirmer quil fait partie des hommes qui sont morts avec leurs convictions. Nous pouvons également témoigner que dans le cadre de nos relations épistolaires et dans dautre s domaines , nous avons découvert en lui un homme simple, généreux et disponible. Aussi, jusquà lâge de 68 ans ou il a quitté ce bas monde,
Alexendre Biyidi ALAWA , de son vrai non, na jamais été pris en « flagrant délit de concussion » avec lennemi. Ni même par défaut de louvoiement avec ladversaire. Comportements que lon observe par ces temps faits de reniements, auprès de certains individus qui par intérêt ou par couardise, versent dans la Réeal-Politik. Par ailleurs, avant de retourner vivre dans son pays natal, Mongo Béti a eu la chance de « vivre à lintérieur du monstre », pour re prendre lexpression du poète cubain José MARTI. Ce ci lui a permis de connaître et de repérer toute la faune de prédateurs et autres Barbouzes de tout poil et de tous bords déguisés en chroniqueurs ou « critiques » de la littérature Africaine quil ne cessait de traquer sans ménagement dans tous les coins de rue de lHexagone et dAfrique. « Nous navons pas eu de mots assez durs ici pour nos aînés, gloires momifiées dans limpuissance et la veulerie ( ) ». Il ne se lassait jamais de démonter la stratégie de ceux qui voulaient confiner lintellectuel africain à « déternels élèves, afin que lassistance technique ne soit jamais privée de sa légitimité idéologique. Imaginez, ,lincongruité que serait un Africain de talent ou compétent. Lidée en est même insupportable, à moins poursuit-il de découvrir loiseau rare, le perroquet répétant « la raison est hellène lémotion est nègre ». Disait-il en réaction à une démarche quil napprouvait pas du reste, de son ami le Pr GUY Issito Midohouan, auprès du Directeur de JEUNE AFRIQUE.(PNPA n°40 Juillet-Août 1984).
« Lécrivain combattant « était craint à cause des « salves » de sa plume avec laquelle il a soufflé plus dun tyran . A ce propos, on peut dire qu un de ces passages de son best-seller, Main basse sur le Cameroun. ou il brocarde le petit commis des PTT presque analphabète , sont à la base de linterdiction du livre dès sa sortie des presse de limprimerie en 1972 et de ses multiples tracasseries éventuelles. Après avoir dressé à grands traits le cursus de celui qui a été un des liquidateurs de Osendé Ofana et Ernest Ouandié, il note que « lEtranger naïf ne peut imaginer que chacun des silences du Président, chaque dérobade du regard, chaque sourire saugrenu, chaque chevrotement de la voix, chaque quinte de toux, aide Ahmadou Ahidjo à chercher longuement un terme, un tour de phrase toute faite, apprise par cur et nayant guère de parenté avec la question posée ou la circonstance .(Ed .PNPA p.73)
Toute la stratégie de Mongo Béti consistait à mettre son intelligence, ses forces et ses moyens en synergie afin de permettre aux africains de mieux voir, pour mieux comprendre et pouvoir traquer efficacement les forces du mal qui oppriment, exploitent et dominent pour ainsi dire le Continent sous diverses formes. Doù la mise sur pied en 1977, de la Revue PEUPLES NOIRS, PEUPLES AFRICAINS à laquelle il consacra tout son temps, toutes ses forces et ses deniers pour la faire vivre et surtout faire face à un agent à la solde du régime de Biya qui a voulu le ruiner et faire couler la Revue à travers une « commande industrielle » quil refusa dhonorer par la suite.
Mais Béti était surtout craint ou haï, du fait quil était imperméable aux compromissions, « aux compliments hypocrites », comme disait le poète DAVID Diop. « Il ne voulait rien », comme aiment aussi dire certains politiciens et personnes sans scrupules, prêtes à tout justifier, à tout théoriser. Surtout par ces temps qui courent ou chacun a à la bouche la MONDIALISATION ou les NTCI. Cependant quelque chose le préoccupait, cétaient la dignité, lindépendance, et le progrès de lAfrique. « Il nous faut en finir une fois pour toute avec le néocolonialisme, doù naissent tous les maux qui aujourdhui nous accablent ».Précisait-il à Pius NJAWE, Directeur du journal le Messager, en 1988.
Pour terminer, après avoir présenté nos condoléances à sa famille, à tous les patriotes africains et à tous ses amis à travers le monde, nous formulons le souhait que son uvre à linstar de celles de s Nelson Mandela, Cheikh Anta Diop, Thomas Sankara et les autres valeureux fils du Continent ,puisse inspirer la jeunesse africaine qui a un sérieux problèmes de repère au début de ce troisième millénaire.
Dakar, le 15 Octobre 2001
Ababacar Fall BAROSS