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Amilcar Cabral et la Révolution Panafricaine (2e partie).

Cabral et la lutte des classes en Afrique

Selon Cabral, le phénomène socio-économique "classe" au sein d’un groupe humain donné est une conséquence fondamentale non seulement du développement progréssif des forces productives, mais aussi des caractéristiques de la distribution des richesses. Il suggère alors de reformuler afin d’étendre son champs d’ application l’idée selon laquelle "la lutte des classes est la force motrice de l’histoire". Selon lui, une telle conception de l’histoire reviendrait à dire que l’histoire des peuples commence seulement à partir du moment ou se développe le phénomene "classe" et par conséquent la lutte des classes. Cette hypothèse exclurait en effet de l’histoire de l’humanité toute la période allant de la découverte de la chasse à l’appropriation privée de la terre, en passant par l’invention des techniques agricoles. Plus encore, elle nierait aux peuples africains (mais auusi aux premières nations Amérindiennes et bien d’autres) le fait qu’ils aient une histoire avant leur premier contact avec l’impérialisme occidental.
Aujourdh’ui, plus que jamais, une analyse scientifique prouve que l’apparition des classes est un phénomène graduel, marqué par des fluctuations plus ou moins lentes, qui à partir d’un certain degré d’accumulation se traduit par l’apparition des classes et des conflits entre les classes. C’est à partir d’une telle base que Cabral entreprend l’analyse du phenomène "classe" dans le contexte de la réalité historique africaine et plus spécifiquement en Guinée Bissau et aux îles du Cap Vert. Cependant, une telle analyse n’a de sens à son avis que si elle sert les objectifs de la lutte de libération nationale. A defaut, elle serait juste rhétorique et formulation intellectuelle. De par sa structure socio-économique, la Guinée Bissau représente un échantillon des societés africaines actuelles: composition multi-ethnique et multi-religieuse, population à majorité rurale et analphabétisée; centres urbains encerclés par des cordons de pauvreté constitués principalement de gens fuyant les conditions de vie précaires dans les villages mais se retrouvant très vite dans le piège d’une éconmie de type colonial (ou néo-colonial) sans opportunités d’emploi. La petite bourgeoisie africaine a joué un role de premier plan dans l’organisation de la lutte de libération nationale. Fabriquée de toute pièces par le colonialisme, elle fût la seule catégorie sociale avec une conscience politique à meme d’appréhender la nature de la domination impérialiste. Ses caractéristiques propres expliquent cependant ses propres limitations en relation à la tâche historique de reconstruction nationale. Comme remarquait Frantz Fanon dans les damnés de la terre "la bourgeoisie nationale qui accéde au pouvoir, utilise son aggréssivité de classe pour confisquer toutes les positions laissées vacantes par le départ des colons". Cabral en vient plus ou moins à la meme conclusion que, pour ne pas trahir les objectifs de la lutte de libération nationale, la petite bourgeoisie n’a qu’un seul chemin: renforcer sa conscience révolutionnaire, répudier les tentatives d’embourgeoisement et les sollicitations naturelles de sa mentalité de classe, s’identifier aux classes laborieuses, ne pas s’opposer au développement normal du processus de la révolution. L’ors d’un bref passage à la conférence de la solidarité des peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amerique latine tenue à Cuba en janver 1966, il déclare que "Pour jouer son rôle dans la lutte, la petite bourgeoisie révolutionnaire doit etre capable de se suicider comme classe, pour ressusciter comme travailleur révolutionnaire, entièrement identifiée avec les aspirations les plus profondes du peuple auquel elle appartient." Quoi que les situations coloniale et néo-coloniale soient similaires dans leurs fondements (dépendence complète par rapport à la métropole), Cabral distingue deux phases dans la lutte de libération nationale. Selui lui, la lutte consiste en une phase nationale, et une phase sociale avec la dernière étant la plus cruciale. Chaque phase est spécifique à cause de la tâche historique à accomplir, des alliances de classes et de la structure organisationnelle nécessaire pour le mener au succes. Tandis que la phase nationale implique la reconquète de la souveraineté nationale ou indépendance, la phase sociale est selon lui celle qui determine le caractère veritable de la libération. La nouvelle nation créee est elle vraiment en mesure de determiner sa propre destinée? Le PAIGC, sous le leadership de Cabral, a prouvé que la seule manière de résoudre cette question est non seulement de combattre l’ennemi sur tous les fronts mais aussi de recréer une vie nouvelle dans les territoires libérés par une transformation radicale des structures économiques, sociales, et culturelles heritées de la période de colonisation. Ceci implique la construction de nouvelles écoles, d’hôpitaux; une intégration des femmes à tous les niveaux de la gestion de la communauté; combattre fermement les africains qui choisissent de s’allier au colonialisme; et enfin canaliser l’emergence d’une culture nationale débarassée de tout facteur de stagnation qu’il vienne de l’éxterieur ou de l’interieur. Une analyse approfondie des rapports entre les différentes catégories sociales en jeu aussi bien à l’échelon national et international permet d'assurer une reconquete réussie des richesses du pays et une redistribution sur des bases justes et équitables. Malgré les énormes succés rencontrés, Cabral et le PAIGC eurent néanmoins à affronter des problèmes importants relatifs à des facteurs internes défavorables à la lutte tels que le sous développement économique; le retard social qui en découle; les sequelles du tribalisme crée par le colonialisme portuguais, et un ensemble de facteurs externes liés à la nature des rapports de force à l’échelle internationale. En ce qui concerne la soit disante question tribale, il n’a céssé de soutenir que " l’ existence des tribus ne se mainifeste comme une contradiction importante qu’en fonction d’attitudes d’opportunistes, provenant généralement d’individus ou de groupes détribalisés.. les contradictions entre classes, meme quand celles ci sont embryonnaires, sont beaucoup plus importantes que les contradictions entre tribus."

 

A luta Continua

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