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Amilcar Cabral et la Révolution Panafricaine (3e partie).

Rôle de la culture dans le mouvement de libération nationale

Comme nous l’avons signalé plus haut, la petite bourgeoisie fût la seule capable à hériter de l’appareil d’Etat colonial dans la phase de transition post-indépendance. En alliance tantôt avec les masses populaires, tantôt avec l’imperialisme, ses hésitations sont directement liées à la nature de la contradiction fondamentale qu’elle doit constamment faire face; satisfaire ses ambitions de classe et faire face aux exigences de plus en plus préssantes des masses rurales et des centres urbains qui ne se sont pas battus que pour un drapeau et un hymne national, mais aussi pour une amélioration de leur condition de vie concrète. Loin d’etre homogène, la petite bourgoisie peut etre schématiquement subdivisée en trois sous groupes:
· La petite bourgeoisie révolutionnaire :
Elle est constituée par une minorité (souvent intellectuelle, fonctionnaires, enseignants etc...) qui après un énorme sacrifice de "Retour aux Sources", réussit à faire symbiose avec les masses populaires en s’identifiant à leurs cultures, histoire et aspirations. Elle fût l’élément le plus dynamique au sein du mouvement de libération nationale; C’ est d’elle que provient Cabral et une majorité significative du leadership du PAIGC.
· La petite bourgeoisie alliénée :
Elle est un second group minoritaire (à peau noire masque blanc). Elle rejette de facon catégorique la notion d’indépendance et croit que l’avenir de leurs peuples dépend de leur association avec la métropole. C’est un groupe désesperé. Nulle possibilité de les convaincre sur la capacité des peuples à prendre en charge leur propre destinée. S’ils en ont les moyens, ils n’hesitent pas à quitter le pays après l’indépendance, comme le témoigne l’émmigration de certains inttelectuel-les algérien-es. aprés la victoire du FNL (Front de Libération Nationale)
· La majorité silencieuse :
Les éléments de ce dernier groupe (majoritaire), fluctuent constamment entre les deux premiers. C’est de ce groupe dont sont issus la pluspart des dirigeants des partis d’oppositions en place en ce moment sur le continent. Ces derniers, tantôt en rebellion ouverte contre le gouvernement, tantôt en alliance avec lui pour le partage du gateau, n’ont aucune vision profonde de transformation des sociétés africaines. Leur attitude opportuniste a un impact psychologique négatif sur les masses populaires qui, en l’absences d’alternatives, prennent leurs distances par rapport à toutes les formations politiques. Pour saisir la portée de la culture comme élément fondamental dans le procéssus de résistance des peuples dominés, il est impératif de situer l’analyse de celle ci en relation avec les différentes catégories sociales à un moment défini de l’évolution de la société en question. Nous devons cependant préciser que la culture, loin d’etre un receptacle abstrait, est avant tout une synthese dynamique de la réalite historique (matérielle et spirituelle) d’un groupe humain dans son évolution. Comme le précise Cabral, "" La culture, quelles que soient les caractéristiques idéologiques ou idéalistes de son expression, est un élément essentiel du procéssus historique. C’est en elle que réside la capacité (ou la responsabilité) d’élaborer ou de féconder les éléments qui assurent la continuité de l’histoire, et déterminent en meme temps les possibilités de progrès (ou de régression) de la société." Dire que la culture est la réflexion de la réalité historique, qui elle est determinée par le niveau de développement des forces productives , nous amène à faire la distinction entre la culture des masses populaires et celle de la petite bourgoisie africaine. En effet, il est evident que la culture des rastas n’est nullement celle de l’élite jamaicaine. Cinq cents ans de domination européene n’a pas reussit à altérer de facon significative la culture des masses populaires africaines. Cependant, la petite bourgeoisie africaine, constamment humiliée par l’occident, vit quand à elle un drame quotidien dans le contexte de la lutte de libération nationale. En effet, elle se voit acculée à prendre position par rapport à l’un des pôles du conflit. Le traumatisme psychologique qui en découle explique sa tentative de se reconnecter au peuple. C’est ainsi que tout un discours émerge; articulé sur le concept de culture et la nécessité de retourner aux sources. Ce besoin ne se présente pas au niveau des masses populaires, car ces dernières sont elles memes porteuses de la culture et donc génératrice de l’histoire. C’est dans ce sens qu’il faut saisir le développement du mouvement Afro-centriste au sein de la diaspora africaine. Pour etre viable aux générations actuelles, il n’a d’autre choix que de situer le combat pour la renaissance culturelle dans le contexte plus large de la lutte politique de libération nationale. Comme le fait remarquer Cabral, " Le retour aux sources n’est, ni ne peut etre en lui meme, un acte de lutte contre la domination étrangère (colonialiste/raciste) et ne signifie pas non plus retour aux traditions. Il est la réponse viable à la sollicitation impérieuse d’une nécessité concrète, historique, déterminée par la contradiction irréductible qui oppose la société colonisée (ou néo-colonisée ) à la puissance coloniale, les masses populaires exploitées à la classe étrangere" Pour lui, le retour aux sources ne se concrétise réellement qu’avec une implication directe à coté des masses populaires dans leur combat quotidien. Car comme il le dit si bien lui meme " Les masses non seulement rejetent la domination de la culture étrangère mais également l’exploitation étrangère". La lutte culturelle doit donc étre ègalement une lutte politique en vue de créer un environnement permettant la libre expression culturellle du peuple dominé. Ceci n’est possible que si le peuple reprend un controle éffectif de son processus historique de développement. Bien que les masses africaines n’aient pas été affectées de facon significative par la culture de la puissance dominatrice, il faut cependant noter que la distribution des niveaux de culture n’est pas homogène dans la societé. Ceci explique d’ailleurs la différence d’attitudes entre individus appartenant à la meme classe sociale face à la lutte de libération nationale. Les societés africaines peuvent etre subdivisées en deux grandes catégories:
· Les societés à structure sociale horizontale (sans etat):
Elles fonctionnent généralement sur la base d’une proprieté collective des facteurs de production. La principale stratification sociale est au souvent niveau de la classe d’âge. Avec une structure sociale à base matrilinéaire, elle fût souvent celle qui a résisté le plus militairement à la colonisation. Leur résistance armée prit fin avec ce que les colons appelaient la "période de pacification". Elle fût d’emblée sympathique au mouvement de libération nationale et joua un rôle determinant au sein de celui ci.
· Les Societés à structure sociale verticale.
Elles sont généralement fortement hierarchisées avec les femmes occupant le bas de l’échelon social. Elles disposent d’un chef disposant de pouvoir réel. Certains de ses chefs furent cooptés par l’administration coloniale pour éviter toute forme d’alliance trans-ethnique. Ce fut le cas de certains chefs traditionnels fulas en Guinée Bissau. La déstructuration de certaines sociétés Africaines issues de la première catégorie par l’imposition de chefs coutumiers par l’administration coloniale, ( chefs appartenant à d’autres groupes ethniques) contribua à créer une atmosphére d’animosité entre certains groupes ethniques. Ceci facilita dans certains cas la fissure au sein des rangs des nationalistes. Il faut cependant noter qu’au contact avec l’Europe, ce que d’aucuns appelent "le phénomène de tribalisme" etait deja en voie de disparition, et la situation évoluait vers l’émergence au niveau du continent d’etat-nations (multi-ethniques) plus vastes comme le témoignent les empires du Ghana et l’empire mandingue sur la cote ouest du continent pour ne citer que ceux là. C’est dans le contexte de "diviser pour mieux régner" de la part de l’administration coloniale et de la manipulation opportuniste des classes dirigenates africaines qu’il faut saisir la réssurgence de conflits soit disant ethniques dans la période coloniale et néo-coloniale. Cela ne peut, ni ne doit cacher de vue qu’objectivement la contradiction entre les groupes éthniques est mineure par rapport au conflit qui oppose les masses populaires Africaines aux puissances impérialistes à travers leurs élites dirigeantes respectives.

 

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