Cécile Dolisane Ebossé est titulaire d'un doctorat de lettres modernes et d'un D.E.A. en sciences politiques. Spécialiste de l'écriture féminine, elle est membre associé de l'institut de recherche sur les femmes à (UQAM) à Montréal et professeure invitée à l'université de Yaoundé I.
2.communication
<<Et si nous célébrions les femmes du passé ? Ces mères qui ont forgé des destins de héros, guide leur peuple ou accompli des sacrifices hors du commun ? Nombreuses sont celles qui se sont illustrees, dans l'histoire ou de la diaspora, mais les écrits ne leur consacrent que peu de place. Si la tradition orale perpétue le souvenir de certains d'entre elles, vous ne trouverez nulle trace de ces figures, mêmes dans les meilleures publications. Malgré son rôle prépondérant dans la société traditionnelle, la femme noire n'accède jamais au statut d'héroïne.>>
<<La femme est le cœur de la vie de notre societe. Il n'en demeure pas moins que quelques malins esprits se plaisent à la ravaler à une espèce de second rang par rapport à l'homme. Nous ne pourrons d'aucune façon nous développer réellement si cette situation n'est pas combattue >>
Le retour aux affaires politiques de Olosegun Obasanjo au Nigeria ainsi
que la brillante élection du deuxième chef d'état
post apartheid a ravivé au sein de la communauté africaine
du terroir et celle de la diaspora une originalité amorçant
une ère nouvelle qui prédisent de profondes mutations nécessaires
pour la rénovation du continent, transformation radicale que Thabo
Mbéki a baptisé <<la renaissance africaine>>,nous vous
épargnerons les nombreuses interprétations dont ce slogan
fit l'objet, nous garderons en mémoire en revanche, les impératifs
de ce continent pour lesquels l'ensemble des structures pour la plupart
hérités du jacobinisme et du centralisme étatique
est en panne d'imagination ,affecte par un marché toujours réduit
des matières premières. Une mosaïque de pays qui s'affichent
fragmentés, jouant le rôle de succursales de quelque empire
ancien ou nouveau exigent un nettoyage en profondeur d'où ce rêve
d'unification.
Mais cet objectif principal partage, en quête d'un espace
régional équilibré susceptible d'être mobilisateur
d'intelligence de créativité échappe-t-il à
la femme ? Est -elle indifférente au destin de son pays ? A-t-elle
joue un rôle comme actrice de l'histoire ? Et dans cette vision prospective,
les grandes mutations peuvent-elles occulter son intégration dans
la future union africaine ? Peut-on présager que les revendications
de la marche mondiale des femmes influeront sur l'image de la femme africaine
du troisième millénaire ?
Nous tenterons grâce à une approche socio-historique et
politique de défaire ce pli feminin ô combien ambigu ! En
deux parties. D'entrée de jeu nous mettrons en lumiere les pionnières
de ce combat de libération de l'Afrique en l'honneur d'Aoua Keita,
la première députée de l'US-RDA. Puis nous lancerons
quelques jalons novateurs d'une imminente intégration effective
des femmes africaines dans le processus décisionnel par le biais
d'un fédéralisme constructif à l'aube du troisième
millénaire.
Loin d'un scepticisme annihilant qui ferait perdurer l'actuelle balkanisation,
d'où découlent marginalisation et vassalisation, notre vœu
est que l'Afrique s'inspire de ses réalités lesquelles la
conduira à l'expression des aspirations collectives dont l'histoire
regorge d'exemples et qui libère des énergies dans des espaces
solidaires. Pour notre part, nous formulons des hypothèses qui envisagent
une Afrique diverse ou reelle afin que le schéma profile résolument
patriarcal et phallocentrique soit modifié ou complété
par la féminisation de la vie politique.
I. Une vision socio-historique du panafricanisme au feminin la Malienne Aoua Keita
a- un personnage hors du communNée à Bamako(capitale du Soudan français en 1912), celle qu'on appellera plus tard la petite sage-femme fut la vaillante combattante des libertés pour l'unite africaine, du moins sous régionale. Son père, ancient combattant de l'armée française, décida d'envoyer sa fille à l'école faute de garçon elle fréquenta donc "l'orphelinat des métisses". Cette décision insolite à l'époque surprit sa propre mère. Elle s'oriente par la suite vers les études de sage-femme.
II- L'engagement politique d'Aoua Keita : un parcours non sans écueils
a- les préjugés socioculturelsVictime de la conception jacobiniste occidental, la femme africaine perdit depuis la colonisation ses prérogatives, elle devint non la partenaire incontournable de l'homme mais son valet, ravalée au rang de sous-homme. Le sexe masculin devint revanche, l'incarnation par excellence du pouvoir donc le centre des décisions. Peu à peu la misogynie s'installa et la marge de manœuvre féminine se rétrécissait davantage et la distinction se faisait sentir. Les valeurs masculines s'identifiaient à la guerre, la chasse, au sacre c'est-à-dire qu'il est destine à l'espace public tandis que celles de la femme reflétaient la nature, la vie, le profane et sur le plan social, le prive(voir a ce sujet Georges Balandier dans Anthropo-logiques. D'où le flou qui émaillait la connaissance de la femme africaine donnant lieu parfois a des malentendus agrémentés de dérives idéologiques. C'est dans ce sens que, pour dissiper ces amalgames simplistes un colloque international s'est tenu à Abidjan sous la direction de la société africaine de culture. Ces travaux d'une grande autorité furent affermis par l'ouvrage de deux africaines : Madina Ly et Achiola O. Pala signe la femme africaine dans la société precoloniale édité par l'Unesco. Ces documents d'envergure si elles n'épuisent, loin s'en faut, cette grande problématique qu'est la femme africaine, l'épurent des estampilles coloniales en rejetant sans médiation cette lecture intentionnellement erronée des mœurs et des coutumes de ce continent.
Visiblement le roi conçoit les femmes comme une femelle une machine
à procréer. Il instaure des lors un rapport de force pour
arborer une certaine hégémonie. C'est le culte de l'androcentrie
sommé de la gérontocratie. Il ne veut donc pas être
commande par un sexe inférieur de par ses fonctions maternelles.
Attitude qui connote au -de là de cette apparente haine, une inquiétude
croissante du renversement des valeurs. Ce sont les idées similaires
dont Aoua Keita fut victime lorsqu'elle décida de se lancer en politique.
b- Un mutisme forcé
Courageuse, dynamique et déterminée, elle passa outre
le chantage masculin et en 1946,adhera au Rassemblement Démocratique
Africain (R.D.A). Au Soudan, elle fut l'une des premières femmes
à se lancer dans le militantisme politique. Elle mène ouvertement
campagne pour l'US dans une situation risquée où l'administration
est ouvertement favorable au camp adverse. Évoluant tout aussi dans
un univers d'obédience patriarcale, hostile à la parole féminine,
elle demeurait la plupart de temps silencieuse malgré la volonté
manifeste d'affirmer sa personnalité. Son mari lui ayant recommandé
la prudence face a des hommes non encore habitués à discuter
d'égal à égal avec une femme. Elle nous rapporte dans
son autobiographie une scène misogynique lors d'un meeting dans
un village nommé Singné où elle était candidate
opposée au chef du village. A l'image du personnage romanesque sus-évoqué,
elle fut presque molestée par ce dernier qui l'expulsa et lui parla
vertement en ces termes:
sors de mon village femme audacieuse, il faut que tu sois non seulement
audacieuse mais surtout effrontée pour essayer de te mesurer aux
hommes en acceptant une place d'homme. Mais tu n'as rien fait. C'est la
faute des fous du R.D.A. qui bafouent les hommes de notre pays en faisant
de toi leur égal.
Cette femme à la langue mielleuse, aux paroles de Satan n'avaient
donc pas échappé aux clichés séculaires ou
la femme est considérée comme la tentation un pouvoir maléfique
.Mais ces insultes n'entamèrent guère la détermination
de cette femme d'exception au contraire elle prit une fois pour tout son
envol vers les profondeurs d'un univers impitoyable qu'est la politique.
III- La consécration d'Aoua Keita: la légende africaine
· Les actionsAoua Keita fit peau neuve avec une ère nouvelle résolument progressiste qui tend vers le devenir, vers ce qui dure. Pour cela, elle fut pragmatique en posant des actions concrètes en marge des grands discours D'ailleurs, malgré ses activités politiques intenses, elle a toujours fait preuve d'une ponctualité étonnante à l'hôpital où elle accomplissait avec sérénité un devoir qui lui conférait irrémédiablement une certaine plénitude.
IV- La femme africaine et le troisième millénaire
La renaissance africaine actuelle a pour leitmotiv la lutte pour l'égalité
des chances le combat pour les droits des femmes et des hommes à
disposer de leurs libertés. Elle prolonge incontestablement l'œuvre
d'Aoua Keita en quête d'équité et justice. Ainsi en
s'appuyant sur les mouvements féminins, son objectif loin d'être
sexiste, étaient plus d'atteindre les catégories les plus
vulnérables, l'ensemble de la société africaine sous
l'emprise du colonisateur. Aujourd'hui, l'union africaine est un impératif
pour un continent qui manque de projet de société viable,
lamine par les mauvais programmes économico-politiques, des épidémies
et des conflits de tous genres. Dans cet échec notoire de l'état
postcolonial qui n'a pas su adapter les anciennes structures organisationnelles
a la modernité qui s'imposait à lui. Suite à cette
démission préjudiciable aux populations paupérisées
l'intégration des femmes dans toutes les sphères décisionnelles
une nécessité car elles constituent un atout majeur pour
le développement.
1.La femmes et l'économie
a- la féminisation de la pauvretéIl faut un minimum de bonheur matériel pour la pratique de la vertu auquel cas la misère matérielle est subséquente a la déchéance morale. La marginalisation économique de la femme alors qu'elle constitue 52% de la population a des risques palpables sur elle-même et par conséquent constitue une entorse pour l'Evolution du continent tant la femme demeure le poumon de la société. Il serait donc judicieux de consulter les concernées, en majorité des paysannes, qui assurent aujourd'hui encore plus que jamais la survie de ce continent. Elles peuvent décider de leur destin et dans un jeu de complémentarité entre le centre et la périphérie trouver des stratégies pour drainer les revenus. Cette question sur la femme et l'économie concerne deux catégories de femmes : les paysannes et les femmes du marché, ainsi que celles de la classe moyenne : les employées de secteur tertiaire.
a.1.les femmes paysannes et du marchéC'est incontestablement les plus pauvres ? Il faut à ces femmes laborieuses corvéables a merci des structures adéquates. Les moyens de communication fiables les vendeuses de fruits et légumes qui ravitaillent les villes entières et qui ont de sérieux problèmes de conservation des aliments. Il faudrait leur redonner confiance en leur faisant participer lors des grandes décisions qu'elles aient leur mot à dire car proches de la vie quotidienne, l'état gagnerait en recueillant leur savoir-faire, leur sens d'organisation partant de là, elles se sentiront mieux considérée et développera leurs compétences mal exploitées. A l'état actuel des choses elles sont mises à l'écart parce qu'elles manquent d'éducation et de formation technique adéquate. Les femmes paysannes manquent donc de porte-parole valable. Sous-estimées parce que "villageoises", un fossé se creuse entre elles et ses interlocuteurs avec qui elles n'entretiennent qu'un dialogue de sourds, le plus souvent ces messieurs de la ville hautains et méprisants. En plus clair il faut à cette mamelle nourricière, la mise en place d'un fond d'appui à leurs activités et plus d'accès aux terres et aux crédits.
a.2.la femme et le savoirDans cet état de choses, la question de la scolarisation féminine devient cruciale d'où les nombreux programmes de l'Unesco ainsi que ceux des organismes internationaux similaires car seuls la femme éduquée édifiera la nation, l'avenir de l'humanité réside sans conteste dans le pouvoir formateur des femmes. C'est en ce sens que l'on peut affirmer sans ambages que la véritable évolution de l'homme c'est sa capacité d'éradiquer c'est état d'esprit, cette mentalité conservatrice et de permettre à la femme de jouer pleinement son rôle d'éducatrice, de gestionnaire de représentante et de la force créatrice. La femme a des valeurs intrinsèques qu'on ne doit pas feindre d'ignorer.
a-1. la conquête du pouvoirLe dynamisme actuel des femmes africaines n'est pas une nouveauté elle prend ses sources dans les profondeurs du temps. C'est ce qui explique sa relative adaptation a la vie publique. Elle essaie de reconquérir une unité politique perdue. Ces propos sont ceux du congolais Ndaywel E. Nziem dans <<la femme et la politique dans les royaumes d'Afrique centrale>>(2)
* *
Malgré le mutisme observé par la colonisation et l'état
postcolonial, les femmes ont toujours combattu grâce à leur
pouvoir rassembleur, elles ont su se montrer solidaires lors de la liberation
de l'Afrique, nous voulons dire pendant les guerres de décolonisation.
Aujourd'hui, plus en tant en que citoyenne qu'en tant que femme, sa plus
grande responsabilité est de sortir le continent de son marasme
et de toutes ses humiliations dont il fait l'objet. D'où l'imminence,
de son entrée dans la gestion des affaires publiques. De ce fait,
elles n'y vont pas d'une main molle, elles revendiquent la parité
: homme-femme en politique, les partis politiques féminins se créent.
L'écriture féminine se fait transgressive, elle revendique
la distinction du sexuel au corporel avec son corollaire la maîtrise
parfaite de son corps et cela va sans dire, la maîtrise de la maternité.
La recrudescence de écrivaines africaines est un symbole fort. elles
démontrent la liberté de parole, donc la prise du pouvoir
En marge des afro-pessisismes qui prônent la paix en maintenant
la violence, l'exploitation des menaces des sanctions qui isolent de plus
en plus l'Afrique, les femmes doivent être tenaces par le culte de
l'effort et l'esprit de sacrifice. C'est à ce prix qu'elles réaliseront
leurs plus belles et chaleureuses victoires pour qu'au seuil du millénaire,
elles inscrivent leur témoignage dans le grand livre de l'Humanité.
Ce serait alors un hommage admirable aux femmes africaines ; démarche
amorcée par la plus fervente et la plus distinguée d'entre
elles. Ce rêve est partagé par le dramaturge Asseng Protais
dans Trop c'est Trop
«Comme toutes les majorités silencieuses parce qu'opprimées,
les femmes demeurent une des plus grandes inconnues de nos connaissances
culturelles. Ce que les femmes savent d'elles n'est que ce que les hommes
ont voulu et réussi à faire d'elles. Mais le xxème
siècle s'achèvera - t-il sans que cette grande inconnue -La
Femme- nous découvre son vrai visage en faisant de son sexe avilissant
une idéologie militante.
J'ignore ce qui se passerait alors, mais certaines utopies d'aujourd'hui
pourraient devenir réalités. »
Cécile Dolisane ebosse Membre du collectif des femmes du GRILA.