Brouillon ayant servi à l'allocution de Aziz S. Fall
Politologue au GRILA
L'avenir de la guerre dans le supra-impérialisme
Conférence contre la guerre, l'impérialisme
et le racisme,
9 au 12 Mai 2002, Université Concordia, Montréal, PQ-Canada
Bonjour. Merci aux organisateurs de me donner l'opportunité d'échanger
avec vous. Je souhaite avant tout vous féliciter et vous encourager pour
cette solidarité avec les causes qui nous tiennent à coeur.
Le vingtième siècle a fini comme il a commencé, belliqueux
et sanglant. Il y a eu un miracle cependant. La confrontation nucléaire
n'a pas eu lieu. Le début du vingt et unième siècle commence
comme a fini le précédent. S'il n'y a pas d'avenir dans la guerre
son avenir a elle semble assuré. Si l'avenir de la guerre est radieux,
celui de l'humanité est sombre, à l'instar de l'éblouissant
éclat des bombes nucléaires et de l'hiver nucléaire qui
s'en suit. Même si la guerre semble avoir existé de puis l'aube
des temps, il est probable qu'elle apparaît avec la propriété
privée, l'apparition de couches tributaires et de classes sociales. La
nouvelle guerre au 21 ème siècle n' est plus chevaleresque. La
lâcheté n'a plus de sens, car tirer dans le dos de l'ennemi, ou
de l'espace, sans qu'il ne nous voit, n'est plus considérée comme
tel. Tuer vite, dans une guerre cybernétique vidée d'émoition
et reposant sur la froideur de la technique, c'est l'enjeu de la cyberguerre
et son arrogance d'invicibilité. Plus cette tendance s'affirmera, plus
les réactions désespérées augmenteront, transformant
dans certaines zones le rôle de l'armée en police.
Le paradoxe
En ce ce début de millénaire de l'ère chrétienne ( dont l'un des axiomes est" Tu ne tueras point") le paradoxe est que nous avons cumulé les moyens de faire la guerre comme de la prévenir. Les sommes consacrées sont indécentes. Ce 9 mai 2002, on rapporte que deux jets américains sont entrés en collision près du Mexique. Le prix de ces engins permettraient une couverture vaccinale infantile annuelle du continent africain. Les dépenses militaires mondiales sont faramineuses. L'OTAN à elle seule y consacre 800 milliards de $ soit 67%. Une somme qui équivaut à 14 fois les sommes consacrées à la prétendue aide au développement. Nous avons aussi cumulé les moyens de prévenir et d'éviter les conflits. Nous disposons de moyens de communication inégalés. Nous croulons sous une incroyable quantité de lois, de traités et d'organisations. Nous jouissons d'une conscience de notre fragilité et de notre interdépendance comme écosystème. En même temps, le potentiel martial reste démultiplié, se raffine en horreur et en précision.
L'humanité se trucide autant à la machette, par
l'attentat terroriste inusité, que par la cyberguerre. Parallèlement,
la justification morale de la violence et de la mort s'est doté d'un
arsenal juridique où le droit de défense, de riposte anticipée,
d'ingérence ont défié les circuits idéologiques.
Le fait accompli lui-même se pose comme moyen de gouverner.
Si les conflits de basse intensité semblent vouloir essentiellement se
confiner aux périphéries des centres du système mondial,
les guerres futures seront différentes de celles que l'on a connues.
Les affres de la guerre seront sensiblement les mêmes, avec comme premières
victimes les civils. La guerre prend de multiples physionomies. Annihiler l'autre
ne se fait pas forcément par l'action martiale. La guerre est aussi économique,
sociale, biologique, psychoculturelle. Le guerrier aussi entretemps a changé.
L'homme de guerre s'est vu rattraper par la femme et l'enfant. Autour de ces
nouveaux guerriers s'activent toute une industrie de va t-en guerre, de marchands
de canons, de colombes, de charognards, de pompiers pyromanes.
À l'équilibre de la terreur de la guerre froide, nous voyons se substituer la terreur du déséquilibre. Déséquilibre qui est celui de la mondialisation. C'est un déséquilibre précaire, générateur de chaos, d'illusions et, à long terme si la tendance se maintient pour l'humanité, d'anomie. Amnésique, l'humain semble ne pas apprendre du passé. Son futur se conjugue encore sous le mode violent. Nos sociétés ne sont pas mûres pour comprendre que notre façon de vivre menace la terre, le vivant l'humanité; que le progrès prétendu est suicidaire et que sa défense inconsidérée est vaine . L'inconscience prédatrice est telle qu'en moins de 5000 ans et surtout dans le demi siècle qui vient de s'écouler, nous avons bouleversé l'architecture échafaudée par la nature durant des milliards d'années.
Le triomphe du Supraimpérialisme
Je préfère qualifier la mondialisation de néo-libérale.
J'ai forgé le terme de supraimpérialisme pour caractériser
la phase nouvelle que tente d'imposer le capitalisme. Ce supraimpéralisme
(supra, du latin au dessus, plus haut ) désigne les extensions multiformes
de l'espace du capital dans lequel différents vecteurs oligopolistiques
tentent d'infléchir l'économie mondiale. A titre d'illustration,
le fait qu'une dizaine d'entreprises contrôlent quasiment la moitié
du marché mondial, ou que 350 les plus riches du monde accaparent un
reveu égale à celui de 2,6 milliards de personnes. Cette mondialisation
est une inflexion dans le sens de la construction d'un système monde
particulier. Un système Monde, qualifié de nouvel ordre mondial
qui bénéficie en priorité aux grandes entreprises et banques,
des puissances étatiques. Ce sont là les acteurs qui jouissent
en premier lieu du marché des biens, services et capitaux, au détriment
de la réalisation des droits économiques sociaux et culturels
collectifs. Les 200 plus grandes entreprises, qui fournissent de l'emploi qu'à
0, 75 de la force active dans le monde, accaparent le quart du PNB mondial .
Les transnationales monopolisent les transactions internationales du commerce.
La moitié de ce commerce se déroule strictement entre elles. Il
est vrai que le caractère évolué du niveau de technologie,
d'information et de communication font revêtir à cette mondialisation
néo-libérale un caractère sans précédent.
Mais le processus est en cours, n'est pas achevé n'est pas pour autant
unilatéral. D'aucune façon, la mondialisation ne pourra s'arroger
le titre de changement social. Ce dernier l'a précédé et
lui survivra probablement.
La mondialisation dans est la traduction imparfaite de Globalization . Cela
est sensé signifier agglomération et intégration des productions
des marchés financiers et des biens et services. La dominance dans la
mondialisation est donc la financiarisation de l'économie. Cette mondialisation,
souvent présentée comme immuable et irréversible, n'est
pas issue d'une main invisible du marché ou de ses lois, de la concurrence
voire autres inepties. Issue de l'oligopolisation du processus transnational,
alimentant les rythmes des percées technologiques et scientifiques tout
en y étant assujetti, la mondialisation est cependant un sursaut qualitatif
de l'économie monde. Nulle part, elle ne procède à l'égalisation
des chances et des économies. Au contraire, partout elle creuse et polarise
les écarts. Il s'agit dès lors d'un processus polarisant par essence,
parce que asymétrique et biaisé. Il est sciement biaisé
et procède d' une démarche d'économie- politique volontariste.
Les pouvoirs dans les centres sont animés par cette nécessité
de perpétuer l'ordre impérialiste. Cela aux fins de l'exploitation
des richesses du globe à leur profit. Partout, les classes dirigeantes
disent oui à cette transnationalisation, parce qu'elles en sont avant
tous les premiers bénéficiaires en terme de richesse, de prestige
et de pouvoir. Les peuples sont les premières victimes de cette transnationalisation
débridée. L'uniformisation et à l'homogéneisation
du monde reste une tendance, un épiphénomène. C'est que
le système mondial ne peut concrétiser pour tous ce mode de vie
et ce standing, ce qui serait d'ailleurs biologiquement insoutenable pour notre
planète. Aussi, les frustrations populaires s'aiguisent devant cette
modernité, caractérisée par l'abondance dans la rareté.
Dans plusieurs peuples, les plus enclins à la résistance se réfugient
dans des valeurs qu'ils jugent antisystèmiques. Mais elles ne le sont
d'ailleurs pas forcément, car sont à la fois réponses inadaptées
et anachroniques, mais surtout désordres instrumentalisables par l'ennemi
que l'on cherche à combattre. Je veux parler par là des culturalismes
et leurs variantes terroristes (souvent d'ailleurs d'anciennes créatures
désabusées de l'impérialisme), les fanatismes, intégrismes,
et extrémismes, de tout bord (y compris ceux des enfants aisés
de la mondialisation). Pour tous ces acteurs, l'ennemi paraît titanesque
et cela justifie toute action médiatique et désespérée.
C'est que le rouleau compresseur de cette mondialisation supraimpérialiste est animé par de puissants vecteurs, parfois rivaux, mais mus par leur communautés d'intérêts. Ces vecteurs ont pignon sur rue (Etats, FTN, institutions régionales, multilatérales, bilatérales, ONG ). Présentée comme la fin de l'Histoire ou l'ultime alternative, cette mondialisation promet de régler les problèmes humains, car il n' y a pas d'autres alternatives que son marché. C'est le syndrome TINA (There is no alternative). Ces vecteurs et leurs laudateurs alimentent donc le processus d'accumulation du capital. Mais ce dernier évolue aussi dans le cadre et parallèlement à une surenchère spéculative de marchés et des productions de biens et services plus opaques (maffias économico-financières, économies informelles, résistances diverses). De plus en plus, les centres impérialistes monopolisent les sphères de l'accumulation et du changement social. Monopole des grands enjeux technologiques, des ressources naturelles, des flux financiers, de l'information et de la communication, et des armes de destructions massives.
La société américaine, qui sert de modèle
à cette mondialisation, compte quelque 220 millions d'armes dans la société
civile. L'ivresse de l'apogée y cache les perspectives de décadence
et de déni de la vie humaine. L'ordre militaire mondial, qui veille à
l'instauration du désordre mondial néolibéral ,est incapable
d'empêcher ce qui arrive à tout empire, c'est à dire son
lent déclin. Mais le déclin de l'empire américain est sans
cesse repoussé par le redéploiement capitaliste et son inhérente
violence.
La fin prétendue des idéologies, en réalité leur
exténuation, a ouvert la porte à l'hégémonie de
la pensée unique dominante. L'atténuation des sempiternels conflits
intraccidentaux et le rapprochement Est-Ouest favorise le regain d'animosité
contre toutes les victimes de l'expansion capitaliste (autant dans les centres
que dans les périphéries). Il faut un nouvel ennemi et un bouc
émissaire pour justifier les nouvelles croisades.
Celle-ci prend la forme de la recolonisation économique et militaire,
et de la destabilisation politique. Des zones sont convoitées et les
plus compromettantes laissées en pâture à des firmes multinationales
juniors. D'autres sont laissées en réserve parce que non immédiatement
rentables, sans que pour autant on ne cesse d'y alimenter des conflits.
Le monde post-guerre froide a comme enjeu l'économie, la politique, l'environnement
et la culture. Ces quatre composantes se cristallisent, en apparence seulement,
en conflit civilisationnel. Mais ce choc des civilisations est un faux débat.
La majorité des peuples du monde, malgré la séduction de
la civilisation occidentale dominante, est plus intéressée à
la modernité qu'à l'occidentalisation. Si cette dernière
prétend toujours se placer en synonyme de modernisation, les peuples
s'acharnent, par leur volonté de sauvegarder la pluralité de leurs
cultures. Par leur metissage et leur syncrétisme, ils posent des obstacles
à la monoculture néo-libérale de masse, à défaut
la reproduisent en se l'appropriant différement. Bien sûr beaucoup
risquent la déculturation, mais pas tous.
Une difficile prise de conscience
La majorité de l'humanité prend graduellement conscience
que le modèle dominant par son mode de production et de consommation
menace les énergies non renouvelables. Mais la majorité de l'humanité
repose encore ses espoirs en l'élite. Or l'élite au pouvoir est
frappé "d'acratie". C'est à dire une incapacité
, une paralysie, d'assumer sa fonction sociale véritable; d'exercer le
pouvoir pour infléchir le consensus du fascisme mou qui domine la décision
mondiale. Cette incapacité de pouvoir affronter les enjeux globaux et
locaux, à moyen et long terme, exaspère plus d'un, surtout la
jeunesse. C'est qu'elle est la principale victime de cet échec qui hypothèque
son avenir. Elle se cherche donc, émigre, résiste confusément,
ou se complaît dans le confort et l'indifférence, lorsqu'elle n'est
pas accaparée par la lutte pour sa survie. L'opinion publique, reflet
dit éveillé de cette humanité, reste pourtant aussi dans
l'ensemble apathique, impuissante, désorganisée devant l'horreur
et l'anomie qui nous guettent. Pourtant, de plus en plus d'humains ont l'intelligence
des dangers. Ils esquissent des solutions, des pistes de sortie de crise. Ils
sont des lumières civilisationnelles dans l'obscur tunnel de la mondialisation
prédatrice.
Il nous faut prendre conscience que l'innocence des enfants est compromise et
corrompue. Autant les enfants nantis que les enfants pauvres que ceux qui se
trouvent entre eux. Les jeux électroniques qui peuplent l'univers de
ceux qui en disposent sont des laboratoires de violence. Derrière l'univers
ludique et virtuel, on apprend à déposséder l'autre et
à l'annihiler. L'autre c'est souvent l'altérité, l'extraterrestre.
Le détruire cache plus que l'inconscient collectif de sociétés
dominantes qui ont appris par la conquête, la violence à imposer
le délire consumériste et technologique. Or ces enfants, qui vivent
dans les sociétés aux taux démographiques suicidaires,
sont roi chez eux et modèles des autres de par le monde. Extrémiste,
un de ces enfant est dangereux et peut décharger son arme dans une salle
de classe comme dans un jeu vidéo. Car, par ce jeu, il y a survie de
la progéniture nantie dans une société vieillissante au
taux démographique faible. Elle passe par la maîtrise de la puissance
virtuelle qui permettra, sans risque rapproché, de perpétuer le
règne du pillage des ressources et du contrôle des territoires
de la planète et de l'espace à leur profit. En attendant, les
moindres occasions de casse sont pour lui un exutoire. L'enfant des classes
moyennes est ambivalent. Sa constante hantise de devenir pauvre le place facilement
dans la reproduction du modèle dominant. Seule une acquisition de conscience
de soi peut l'en dissuader. L'enfant pauvre quant à lui, de par le monde,
est marginalisé, corvéable. Il rêve peut-être d'engins
et de jeux similaires, mais sa capacité de les avoir est quasi nulle.
Il ne lui reste que les rebuts de la contrefaçon des classes sociales
au-dessus de lui. Envieux et volontiers rétif, il est de plus en plus
exposé au dilemme de la résistance. Car la société
dans la quelle il vit est gangrené par la compradorisation, choix pragmatique
des élites dirigeantes devant la mondialisation. Sa résistance
devient de plus en plus difficile et désespérée. Dans la
multitude anonyme des taux démographiques galopant et incluant une espérance
de vie faible et compliquée, il est rapidement la proie facile des rébellions
et des bandes diverses. Il comprend vite qu'être armé ou être
en gang confère autorité, et pouvoir. Il peut vite devenir un
seigneur de guerre. Son baptême du feu et son premier crime de sang en
font vite un monstre sanguinaire qui n'a rien à envier au plus chevronné
des soldats. L'horreur du Mozambique, du Sierra Leone et du Libéria de
la Somalie, les sacrifices des ados martyrs de Palestine sont là pour
nous le rappeler .
L'innocence des enfants, notre futur sont gangrénés par les valeurs qui dominent notre ère, par le mensonge et la supercherie. Il leur est difficile de comprendre que l'altruisme, la liberté, l'égalité , la fraternité, la solidarité, l'existence de relation non solvables sont des valeurs concrètes à concrétiser. C'est logique puisque leur monde est la preuve du contraire. On leur enseigne l'histoire des vainqueurs. On leur explique que la guerre est surtout le lot de populations du sud, de socitétés attardées, de clans de religions, de tribus ethniques dont il faut se prémunir de l'extension rampante. Au mieux comprennent ils confusément qu'il s'agit en réalité de conflits mettant en jeu des intérêts stratégiques de puissances extérieures.
Les conflits au Sud
En réalité, les conflits au Sud en empruntant certains
traits de la typologie d'Amin peuvent se ramener à
-l'expansion polarisante du capitalisme
-au conflit inachevé entre les impératifs de la souveraineté
et de la libération nationale et à la soumission au capitalisme
mondialisé
- la perpétuation ou aux relents de la guerre frodie
- la rivalité interimpérialiste
- la lutte interne des élites pour s'approprier les moyens d'enrichissement,
les appareils de contraintes et de pouvoir à la faveur de la déliquescence
des Etats sous ajustements structurels
- la marginalisation, le crime organisé, le traffic et la prolifération
d'armes.
Depuis la fin du second conflit mondial, plus de 160 conflits
ont eu lieu. La majorité sont des conflits civils. Le raffinement des
armes n' y exclut pas la prolifération d'armes archaïques. L'animosité
belliqueuse est partout l'arme de base. Est ce l'armement qui engendre la guerre
ou l'inverse?
En tous cas, la tendance actuelle et future est à d'autres types de guerre.
De plus en plus, le supraimpérialisme s'oriente vers la guerre scientifique.
L'avenir de la guerre
En fait, le terme science lui-même est équivoque.
Il se fait encore sans conscience. Ainsi par exemple, la recherche spatiale,
en envoyant la sonde Cassini à la conquête de Saturne la dote de
33 kg de plutonium 238. Quand on sait que seulement 500 grammes de ce produit
inhalé peut faire disparaître l'humanité entière,
on se pose la question sur le sens de la science .
L'industrie et la science militaire du supraimpérialisme s'offrent la
révolution numérique. La frénésie technologique
actuelle tranche avec la guerre d'antan. C'est la cyberguerre, celle que nous
montrent les média de guerre en temps réel. Elle est aseptisée,
au mépris de la douleur concrète du coup invisible et imparable
qu'elle engendre.
Les missiles de croisières tendent à remplacer
les avions. La domination de l'infosphère permet de dominer la guerre
au sol. Il faut constamment accélérer l'information tactique informatisée
et modélisée sur l'ennemi. L'ordinateur et laser permettent aux
armes de pointes de détruire l'ennemi en simulation comme en réalité.
La numérisation peut bien sûr produire une surinformation qui se
retourne contre soi. Ainsi , jusqu'à présent, ce sont ces bavures
qui tuent les soldats alliés, autant américains que canadiens,
dans la croisade dite contre le terrorisme islamiste.
La technologie est redoutable et l'hégémonie américaine
a supplanté celle de ses alliés qui s'alignent. Une nébuleuse
de satellites espions collecte et relaye l'information . Elle est interceptée
en altitude par des avions hélicoptères, en mer par les sous marins
et porte-avions, sur terre par les tanks. Les armes de plus en plus sophistiquées
et à longues portées seront placées à même
l'espace. A cela s'ajoute les perspectives d'un bouclier sidéral avec
ses coûts faramineux. Il ne signifiepas pour autant l'invincibilité,
et augure plutôt d'une recrudescence de la course aux armements. Ces armes
dans l'espace ont cependant la possibilité de repérer et de frapper
tout ce qui se déplace en air , en mer comme au sol. Mais la technologie
de pointe ne peut remplacer le courage et la combativité. Et lorsqu'il
n'y a pas le choix, en attendant l'ère de robots intelligents d'infanterie,
il va falloir y envoyer le soldat. De plus en plus, le soldats obligé
au combat rapproché est doté d'instruments pour l'éviter.
En liaison information et modélisation, il a une vision nocture, est
reste en intercommunication avec ses pairs. Il disposera de repères thermaux
pour détecter ses adversaires. Ses armures protégeront ses zones
les plus sensibles. Si elles arrêtent de fonctionner, et qu'il décède,
ses armures provoqueront l'implosion de sa combinaison afin qu'elles ne tombent
pas aux mains ennemies. Des détecteurs divulgueront les champs de mines
autour de lui. Ses mines à lui sauront se déplacer d'elle mêmes,
faire des bonds, s'enfouir dans des champs déminés, ou exploser
sur commande. Si les soldats doivent se battre en opération de police
contre leurs populations, ou éviter des pertes humaines, des armes au
micro-ondes, dégageant une grande chaleur et paralysant l'adversaire,
seront utilisées. Les marchands de canons se sont sophistiqués
dans ces scénarios futuristes ou leur imagination débridée
est alimentée par nos peurs.
Nos peurs sont là, tenaces. Il y a de quoi aussi. Non contents de faire peser depuis près de 20 ans 3000kg de TNT sur chaque habitant de la planète, ces faiseurs de guerre n'ont aucune solution concrète sur la déliquescence des amorces de ces armes. Très peu est fait pour contrôler la prolifération et les évasions des armes et expertises de l'ancienne Union soviétique, objet de luxueuses contrebandes. Les ingénieurs semblent plus préoccupés de miniaturiser les nouveaux armements et les rendre plus performants. Les politiques à faire faire localement la sale guerre par leurs alliés en compétition. Ils sont aussi omnibulés par les perspectives de coopter la Chine perçue comme le danger potentiel. Enfin toute une idéologie de l'axe du mal, identifiant un quarteron d'Etats comme les forces à neutraliser, s'est substituée au discours de la guerre froide. Quant aux grossistes et détaillants en armement ils se spécialisent dans l'offre aux conflits de basse intensité, Par internet et par toutes sortes de filières opaques, l'industrie d'armement investit les conflits. Car le raffinement des armes de pointe n'exclut pas la production massive des armes dites classiques.
Dans tous les cas, la course aux armements accroît l'insécurité, menace la survie de l'humanité en gaspillant des ressources qui pourraient financer un développement plus responsable et équitable. L'argument voulant que la génération d'emplois passe par la modernisation et la poursuite de l'industrie d'armement reste un argument fallacieux. Il profite avant tout à l'industrie militaire et financière qui instrumentalise les élites militaires. L'univers martial veut paraître comme un secteur de biens et services comme un autre. Il n'en reste pas moins que sans les conflits, sa raison d'être est considérablement réduite. Les producteurs et les marchands d'armes sont partout, y compris ici au Québec, où l'essentiel de la population ignore le nombre d'usines de fabrication d'armes qui abondent sur son territoire.
Les voisins américains viennent de démanteler le traité de missiles antibalistiques de 1972, et tentent de se prémunir du mutual assured destruction par l'arme nucléaire par un hypothétique et onéreux bouclier spatial. Le secteur militaire coûte au moins vingt fois plus cher que la recherche civile, et les coûts approximatifs qui lui sont dévolus dépassent 1000 milliards de $. Les produits militaires de pointes sont si élevés qu'on ne prend plus le risque de les gaspiller par des tests et autres expérimentations. On mise de plus en plus sur la simulation. Tout un discours sécuritaire et une surenchère de la permanence de la menace terroriste légitiment ces dépenses. Ce discours fait de la guerre une fatalité, et un débouché pour le profit capitaliste. Mais les guerres sont des catastrophes le plus souvent évitables. Car elles sont des évènements sociohistoriques déterminés par des exigences économiques, stratégiques et la quête du pouvoir. La guerre restera donc longtemps la radicalisation extrémiste du politique.
Quelques pistes de sortie de crise
Il y a lieu d'engager une sérieuse réflexion sur
le devenir de la planète et le recours à la violence sur toutes
ses formes.
Il faut renforcer le rôle de l'UNESCO et de l'ONU et leur donner de véritables
pouvoirs liés à leur mandat. Ces organisations sont inadaptées
aux défis de notre temps et leur cooptation, à l'instar des autres
organisations du capital (les soeurs FMI-BM-OMC)- fait craindre le pire. Cette
réforme passe par un alignement plus grands des pays du G8, mais aussi
une plus grande participation des pays intermédiaires comme Israël,
la Chine, le Brésil, l'Afrique du Sud, l'Inde, le Pakistan aux paliers
multilatéraux-comme le conseil de sécurité-. Il y a lieu,
dans cette optique, de réformer le droit international dans une perspective
plus universaliste et multicentrique. Là dessus, la soumission onusienne
à l'unipolarité des Etats Unis (qui doivent à l'institution
mondiale quelques 1,7 milliards de $ d'arriérés de cotisation)
doit être dénoncée.
De même, doit être combattue démocratiquement l'instrumentalisation
du droit international par les exigences de l'hégémonie occidentale
définie à Washington (autant au niveau stratégique qu'au
niveau économique sous sa forme dite du consensus de Washington) .
Les cercles françafrique- qui sont tant intervenus dans les conflits
en Afrique- comme les visées de la Grande Bretagne doivent être
sérieusement surveillés par des mécanismes d'alerte d'activistes
et de mobilisation collective. Il en est de même des pays intermédiaires
aux élans interventionnistes et annexionnistes, voire ceux qui s'en prennent
à leurs propres polulations. Il faut une pression citoyenne en faveur
du désarmement et la lutte contre l'impérialisme.
Même si le citoyen dans les pays du nord se résigne à n'être
qu'un consommateur, il a encore les moyens de faire pression dans ces domaines.
Il lui faut refuser, boycotter tout produit entaché par la guerre, l'occupation
illégale du sol, du terrritoire, l'utilisation des femmes et enfants.
En refusant lui même de s'armer il lui faut s'opposer à l'utilisation
des armes expérimentales dans les conflits à basse intensité
par les pays du Nord. Ces guerres cobayes du militarisme paraissent loin ,et
la douleur de leur front n'est pas perceptible ici. Il faut prendre conscience
qu'ils ont en réalité un impact sur nos vies locales.
Il y a là un travail; important de vérité historique dans
nos écoles et nos informations. Les médias doivent privilégier
l'analyse au scoop sensationnaliste de grandes agences répercutant les
desiderata des grands de ce monde.
Il faut plus d'autodéfense Sud-Sud dans une perspective de prévention
des conflits, de maintien de la paix et de reconstruction.
Il faut lutter contre toutes formes de fantasmes guerriers véhiculés
par la culture machiste et le feminisme musclé.
Il faut dénoncer les va t-en guerre de tout bords qui savent s'ingénier
à grossir l'ennemi pour mieux l'abattre, afin de justifier l'industrie
et le délire militariste.
Il faut freiner la course aux armements, en recyclant l'industrie militaire
en industrie civile.
Partout il faut éduquer, par tous les moyens, que l'armement entrave
le développement et que le désarmement favorise le développement.
Pour se faire développer des réflexes anticonsuméristes.
Il faut, pour le présent et le futur, éduquer les enfants avec
des valeurs axées sur le métissage, la xénophilie, le respect
des cultures et du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
Il faut, individuellement et collectivement, orienter nos façon de produire
et de consommer vers des modèles plus tournés sur un développement
équitable et responsable, la paix, la solidarité fraternelle et
internationaliste et l'échange de services non solvables. Cela va de
manger moins de viande, à gaspiller moins d'eau....
Il faut refuser le délire consumériste, les jeux vidéos
aux apparence inoccents, les plaisirs ludiques axés sur la destruction
d'autrui même feinte.
Il faut lutter par tous les moyens non sanguinaires, contre un monde unipolaire
au profit d'un monde multicentrique.
Pour ce faire, il faut être solidaire des luttes des périphéries
en obligeant vos syndicats, vos partis politiques, vos sociétés
civiles à l'être concrètement. Chaque individu doit par
son hygiène de vie, refuser de tomber dans la culture violente et comprendre
l'intérêt de la solidarité anti-impérialiste. Cela
va du boycott des films de guerre, au refus de laisser les usines de guerres
s'installer sur son sol, le refus de laisser son pays s'embarquer, pour des
considérations impérialistes, dans des guerres injustes.
Il faut refuser de transiger avec les régimes politiques compradores.
Il faut refuser d'héberger dans les comptes à numéros du
Nord et dans le blanchiment d'argent leur enrichissement illicite.
Il faut en somme, dans toutes les occasions de la vie personnelle, familiale,
amicale, civique et professionnelle, travailler, avec toujours comme soi comme
modèle, au rapprochement Est-Ouest et Nord-Sud, pour la compréhension
mutuelle. Ce travail de rapprochement entre les peuples doit se faire dans une
perspective progressiste antiraciste, antiimpérialiste non sexiste et
écologique. Mais cette repolitisation démocratique des masses
est pacifique sans pour autant être pacifiste. Car l'autodéfense
des peuples, l'autodéveloppement, une exigence de survie collective,
sont des légitimes colères. C'est donc à travers ces valeurs
nobles et idéalistes qu'il faut réhabiliter les valeurs humaines
et la tolérance pour l'avènement d'un autre monde.
Il est impossible d'éviter la catastrophe qui menace le vivant sans planification
responsable, idéaliste, à la fois révolutionnaire et graduelle
de notre mode de production et de consommation.
Enfin l'humanité doit voir cette image. Celle d'un homme assis sur les marches de son escalier à quelques centaines de mètres de l'impact de la bombe atomique à Hiroshima. Il a disparu, mais son ombre est restée imprimée dans le mur. Ce halo est la preuve muette et puissante du délire militariste et de la force humaine de témoigner. Cette ombre doit hanter la mémoire humaine, afin que nous ne soyons pas comme elle, les spectateurs impuissants de l'horreur de la guerre.
Je vous remercie
Références:
- Elles fournissent de l'emploi à un peu plus de 72 millions de travailleurs,
dont la moitié sont des emploi sous payés du tiers monde
- Amin Samir, Globalization Resource Documents, For the WCAR NGO Forum, Durban,
Africa Institute of South Africa, August-September 2001
- Nous avons été inspiré ici comme dans notre introduction
par la réflexion de notre collègue et camarade Michel Beaud, Le
Basculement du monde,, La découverte, Paris, 1997
Amin Samir, L'empire du chaos, l'Harmattan, 1991