Communiqué de Presse et déclaration
G20 directoire prétendu de la régulation de la crise mondiale
et l'Afrique
Montréal- Le 24 Juin 2010.
La récession mondiale et l'échec des mécanismes classiques
de régulation mondiale sont, pour les États les plus puissants
du système mondial, l’énième occasion leur permettant de
s'arroger le monopole de la réforme du capitalisme moribond et de la
coordination d'une gouvernance mondiale. La cooptation des pays émergents,
qui sont à la rescousse du noyau anémié du capitalisme
mondial, n'augure rien de bon pour le continent africain dont le rôle
est la remorque de réformes qui n'ont fait, à ce jour, qu'aggraver
sa crise. Le G20 est un regroupement anti-démocratique pour réguler
l'ordre mondial et il perpétue les errements élitistes qui ont
gangréné le vingtième siècle. Il est d'abord issu
de la volonté d'imposer le post consensus de Washington et de remédier
à la crise asiatique de la fin des années 1990. Dans le contexte
actuel de crise frappant les pays les plus vulnérables d'Europe d'Asie
et d'Afrique, le G20 ne peut prétendre qu'à une fonction de gestion
superficielle de la crise globale d'un mode de production et de consommation
prédateur du capitalisme mondial.
Les décisions prises contre les dérèglements de la finance
lors du sommet du G20 de Pittsburgh[7] ont certes permis de reconnaitre, à
leur corps défendant, que les pays capitalistes ne pouvaient plus laisser
impunément les forces débridées du marché hypothéquer
l'avenir de l'humanité. En tentant d'élargir la marge de manœuvre
des États, tout en venant à la rescousse de forces qui ont pourtant
concouru à la crise économique mondiale (les institutions de Bretton
Woods, les transnationales financières et techno-industrielles) les tenants
du G20 revigorent néanmoins les responsables de la crise, annihilent
des décennies d'efforts de développement, accroissent le chômage
et reportent les conséquences les plus néfastes sur les peuples
les plus vulnérables, tout en hypothéquant nos services publics,
nos programmes sociaux et l'environnement.
Le discours ambiant laisse croire, en Europe, que la crise touchant la Grèce
hypothèque l'Euro, et l'Union européenne. Ne représentant
qu’1,2% du PIB de l'Union européenne et 3,6% de sa dette, la Grèce,
comme d'ailleurs le Portugal, l'Irlande ou l'Italie sont, en réalité,
les maillons faibles et les victimes d’un bras de fer entre les spéculateurs
financiers et boursiers misant sur le dollar contre les autres monnaies, dont
l'euro et le yuan. L’économie étasunienne axée sur la surconsommation
et la guerre a abusé de la planche à billets en gonflant artificiellement
sa monnaie face à ses partenaires-concurrents plus productifs. Alors
que l’ordre international devrait résolument opter pour une monnaie mondiale
- style Bankor - qui reflèterait équitablement la réalité
économique et financière des paniers de devises de notre ère,
le G20 persiste, d’une part, à ancrer le dollar comme monnaie de réserve
et s’entête, d’autre part, à réguler l’ordre mondial avec
des recettes éculées de l'hégémonie obsessive de
la croissance et du marché néolibéral.
L'Afrique paye et payera au prix fort les conséquences environnementales
du réchauffement global des pays du G20. Ceci est injuste. Par ailleurs
on entend souvent dire que l’Afrique est marginalement intégrée
à l'économie mondiale, et certaines de ses élites ont même
récemment vanté la probité et la bonne santé des
espaces financiers africains à l'abri des capitaux toxiques.
D’une part, cela sous estime le pillage continuel des ressources du continent,
d'autre part - ignore la fuite effarante de capitaux issus de l'enrichissement
illicite vers les paradis fiscaux et des pays du centre. À titre d’exemple,
rappelons qu’une quarantaine de pays africains y avaient (en une trentaine d’années)
transférés jusqu'en 2004 quelques 607 milliards de dollars.[8]
Pour sa part, l’Afrique du Sud, pays coopté au G20, a dû abandonner
son plan RDP au profit du GEAR : celui-ci n'a créé qu'un embryon
d’élite noire en plus de diviser la classe politique victorieuse de l'apartheid.
L'indépendance économique a été donc différée
au prix d'un accroissement des inégalités sociales, d'une chute
du niveau de vie et d'une libéralisation des services publics.
Les masses africaines doivent impérativement intimer à l'Union
africaine et à leurs élites compradores que l'intégration
accélérée et autocentrée de l'Afrique[9], la suppression
des monnaies coloniales et l'avènement de la monnaie unique arrimés
à une coopération Sud-Sud sont ses pistes alternatives. La réfection
des codes miniers et la poursuite des plans d'ajustements de troisième
génération drainent les richesses du continent et accentuent la
paupérisation, tout en divertissant des pans entiers des sociétés
civiles sur des impasses institutionnelles. Incapables d'imposer des codes contraignants
de responsabilités sociales et environnementales aux transnationales
comme aux grands groupes financiers, les tenants du G20 perpétuent donc
leur règne en toute impunité. Le Canada de feu Lester B. Pearson
qui a réclamé en vain - il y a plus de 40 ans - que l'aide publique
au développement atteigne 0,7% du PIB des pays riches, en est un exemple
notoire. En plus de permettre le harcèlement juridique des chercheurs
qui traquent les agissements criminels de ses firmes transnationales[10], le
Canada se permet même de porter atteinte à la justice reproductive
des femmes d'Afrique et du Tiers-monde[11], et de fragiliser les efforts de
lutte contre la pauvreté de ses organismes de coopération internationale[12].
L’Afrique n’a d’ailleurs pas besoin de charité. Elle a besoin de justice
sociale et que l’on modifie l’iniquité des règles commerciales
et agricoles mondiales. Elle a aussi besoin d’une gestion équitable de
ses ressources et de la fin de l'impunité qui y règne sous toutes
ses formes. Il est impératif que l'impérialisme y desserre son
étreinte et que cesse le soutien aux régimes anti-démocratiques.
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Groupe de recherche et d'initiative pour la libération de l'Afrique
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