Compte- rendu
Les dernières confidences de Mongo Beti
Cécile Dolisane-Ebosse
Université de Toulouse II
Cécile est aussi membre du GRILA (Groupe de Recherche et
d'Initiatives pour la Liberation de l'Afrique)
Section de Toulouse
Entretien avec Ambroise Kom. Une parole- symbole à titre
posthume Ambroise Kom universitaire camerounais en poste au College of The Holy
Cross (USA) vient de publier à Bayreuth African Studies Series 54, en
Allemagne un ouvrage- interview intitulé : « Mongo Beti parle »,
une forme d'hommage rendu à son compatriote Mongo beti, grand monument
de la littérature
africaine disparu brutalement le 7 octobre 2001.
Mongo beti premier romancier camerounais était connu depuis
la sortie de ville cruelle (1954) comme un grand dénonciateur de toutes
les formes d'exploitation doublé d'un défenseur des droits de
la personne. L'interview accordée en juillet 1998 à Ambroise Kom
apparaît comme un témoignage dans lequel il lui confie toute sa
vie ainsi que sa vision de l'Afrique en général et singulièrement
celle du Cameroun. Dans cette vision panoramique en neuf épisodes qui
va de «une certaine idée de l'éducation» (p.23) à
«françafrique : presse, coopération et langue française»
(p.177), on retrouve un personnage fortement engagé, très rigoureux
dans le travail.
Mais cet homme de conviction lui dévoile aussi ses faiblesses, ses espérances
sur la jeunesse dans une Afrique qui, bon an mal an, est en marche et augure
des perspectives nouvelles.
Dans ce foisonnement d'idées effectué «à bâtons
rompus » comme aime le répéter l'auteur de cette interview
(intr.p.21et fin épisode 9, p.193), il y a un fil structurateur qui sous-tend
l'ensemble de l'interview : la lutte contre le néocolonialisme sous toutes
ses formes et la quête inlassable d' une âme africaine, d'une énergie
redynamisante par le biais d'un militantisme aigu. Consubstantiellement, il
se dégage une problématique cruciale, un noud saillant que l'état
postcolonial est condamné à défaire, à
savoir : « comment sortir de cet archaïsme africain sans renoncer
à nous-mêmes et parvenir à un certain développement
économique sans effusion de sang ? » (p.33)
C'est cette ossature assez explicite qui par ailleurs, doit son originalité
à l'effacement de l'interlocuteur nous amène à opter pour
une logique ternaire, un ordonnancement scientifique en trois grands temps forts
avec des volets sous-jacents.
D'abord la formation, le parcours initiatique du jeune beti et les prémices
de sa prise de conscience sont retracés, car à partir du type
d'enseignement que dispensait l'école coloniale se profilait déjà
le racisme. Ensuite, nous découvrons l'action (ses heurts et ses leurres)
de l'homme de lettres, de l' écrivain engagé et du militant politique
et culturel. Enfin, les grands jalons pour une Afrique en mouvement perpétuent
sa pensée.
D'entrée de jeu, Mongo beti nous apprend que l'école
coloniale qu'elle soit privée (les missionnaires) ou publique à
quelques nuances près, avait pour objectif de former «des robots
» de la langue française, des fonctionnaires subalternes qui serviraient
d'interprètes dans l'administration coloniale. On leur inculquait coûte
que coûte les rudiments de la grammaire et la
syntaxe françaises en se gardant avec toute la malice que cette méthode
renfermait, de leur enseigner la culture générale. La pensée
discursive d'où découle l'esprit de créativité n'était
guère l'apanage des nègres. C'est la raison pour laquelle que
tout ce qui relève du pragmatisme comme les mathématiques et les
sciences brillait par leur absence. En clair, c'était
une culture assimilationniste et intellectuellement rudimentaire. Les programmes
d'histoire élaborés en métropole n'avaient rien à
voir avec les réalités africaines. Partant de là, le petit
Beti releva très tôt le mépris de l'homme noir dans cette
entreprise fort noble en structure de surface puisque la religieuse ou le moniteur
était convaincu de civiliser les petits nègres mais profondément
aliénante dans la mesure où elle se traduisait par l'interdiction
systématique des langues et danses africaines, considérées
comme étant «des mours des sauvages » (p.41). Cette prohibition
est d' ailleurs soulignée dans le pauvre christ de Bomba.
Si cette éducation s'échinait à inculquer aux Africains
le complexe d' infériorité en présentant la civilisation
occidentale comme la meilleure du monde, elle s'accompagnait d'une discrimination
sexuelle. Les filles scolarisées étaient presqu' inexistantes,
leur rôle et leur statut étant de devenir des mères au foyer.
p.26 Bien que cette éducation austère et parfois humiliante ait
profondément marqué l'itinéraire de Beti, il en a retenu
l'assiduité et la ponctualité et le travail. Ce qui n'est pas
le cas de certains "intellectuels" africains qui admirent la culture
occidentale dans ses aspects superficiels en évitant ses contraintes
positives : la rigueur. Aussi en arrive-t-il à un triste constat que
«les obstacles à notre développement c'est nous-mêmes.
» p.29
De cette amertume consécutive aux réalités coloniales,
il en a ressorti un esprit de résistant et de combattant des droits de
l'homme en mettant à profit sa double culture : européenne et
africaine. Arraché très tôt à sa culture d'origine,
il avoue être lui-même un "déculturé". Depuis
son retour, il effectue un véritable travail d'enracinement en se mettant
à l'écoute des villageois. En se réconciliant avec lui-même,
il affirme son identité confisquée, cette redécouverte
étant alors une vraie renaissance. p.46.
L'auteur nous fait l'historique de sa vie, son parcours de combattant dans l
'épisode 2 «de Mbalmayo à Aix » et partant, les sources
de son militantisme.
Celui-ci est animé par une ferme volonté et un courage farouche
de découdre avec l'oppression et de restaurer à l'homme sa dignité,
ce par le biais de l 'action et de l'écriture faute de combattre sur
le terrain. Sa plume deviendra une sorte de catharsis, l'ascèse, en un
mot, l'essentiel de son existence.
En outre, conscient du fait que la France sabote l'Afrique - thèse
exposée dans un titre très révélateur La France
contre l'Afrique et réitérée dans l' épisode 3-
et qu'aucune colonisateur ne peut sincèrement s'enorgueillir de l 'émancipation
de ses sujets (p.164), Beti l'agrégé des lettres classiques et
le bourgeois du lycée Corneille n'entend manifester aucune reconnaissance
pour ce statut de privilégié.
Il utilise la langue par accident historique parce que la France a violé
l' Afrique, c'est un simple instrument de travail. Loin de lui l'intention d'
entretenir un quelconque mysticisme autour d'une langue qui, de surcroît,
lui a été imposée en tant que "langue du maître".
De ce fait, autant il reste très réservé vis- à-
vis des motivations profondes de la francophonie, car d'après lui : «
une langue ne s'impose pas par la force. Une langue s' impose parce qu'elle
est le champ où s'expriment les libertés tant qu'une
langue est le symbole de l'obscurantisme et de l'oppression, c'est gênant.
»
(p.127) autant, il réfute le phénomène des
"tropicalités" initié par Sony Labou Tansi et autres
"créolités" de P. Chamoiseau qui consiste à s'écarter
de la norme standard de la langue française en saupoudrant le texte écrit
en français des néologismes du terroir.p.143 Les écrivains
francophones opine-t-il doivent assumer leurs responsabilités (Episode
6). Soit, ils continuent à rester dans le giron du maître donc
en s'accommodant du fait qu'ils sont des Africains qui font de la littérature
française, dans ce cas, ils en font un bon usage ; soit, ils optent pour
une langue nationale qui leur permettrait d'être lus et édités
de l'intérieur.
« Ce snobisme exotique » n'est en réalité qu'une manouvre
de diversion. Ils se montrent plutôt immatures. « Ils veulent être
considérés comme des sociétés autonomes et adultes
alors que techniquement, socialement et politiquement ils refusent d'assumer
le combat qui les mènerait à ce statut d'adulte ». Néanmoins,
il est fier d'insérer dans ses écrits «le français
populaire camerounais qui est pittoresque et très belle» à
condition qu'il soit traduit. P.146.
Plus qu'un simple témoin des meetings de l'UPC, le parti mythique de
la libération du Cameroun (Episodes 3 ; 6 ; 9), l'écrivain engagé
connaît bien l'histoire politique du Cameroun d'où il tire une
bonne partie de son inspiration, car de la Bretagne, l'exilé- combattant
n'arrivait plus à démêler la réalité du songe
«vraiment, je ne me sens pas à l'aise parce que si j'étais
honnête(.)je devrais être dans le maquis» p. 55. Cette rage,
on la retrouve dans main basse sur le Cameroun, Remember Ruben et Ruine presque
cocasse d'un polichinelle. Il narre avec une extrême précision
les grandes étapes de ces tragédies, ces luttes coloniales avec
ses martyrs sa cohorte de trahisons, d'opportunismes.pp.27 ; 58 ; 142 ; 182.
L'engagement n'étant pas un luxe, le chemin de ses publications satiriques
et pamphlétaires était truffé d 'embûches comme en
témoignent la censure et saisie du pauvre christ de bomba et Main basse
sur le Cameroun sans oublier les éditeurs fortement politisés
qui refusaient des manuscrits anti- français, c'est- à- dire contestataires
(Episode 4) p.84.
En effet, dans les épisodes (1 ; 5 ; 6 ; 8) notre écrivain
poursuit froidement ses observations de l'Afrique indépendante. Il pose
un regard sans complaisance sur les deux personnalités des deux républiques
successives du Cameroun : Ahmadou Ahidjo (1960-1982) et P. Biya(1983-). Le premier,
cruel, responsable des massacres des opposants et un pur produit colonial, s'était
fort racheté par son sens poussé de la chose publique, c' est-
à- dire la conscience nationale. Par conséquent, il était
un vrai homme
d'état. En l'occurrence, il ordonna la reforme des maternités
après avoir pris connaissance de l'état de délabrement
des hôpitaux dénoncés dans Perpétue ou l'habitude
du malheur p.29-30. Tandis que le second est plutôt irresponsable. A l'instar
d'un patriarche bulu, il semble apathique, léthargique, «un vrai
robot d'Elf »p.141.
Le régime postcolonial, «un état mafieux »
et «une coquille vide» entretient au demeurant, une dictature occulte
et manouvrière p.112. Cette opacité ajoutée à la
rapacité ont fabriqué une mentalité d'assistés sans
initiatives concrètes. Le culte de la facilité l'a emporté
sur des citoyens corrompus et faméliques psychologiquement très
vulnérables et résignés. Du diplômé
opportuniste au politicard arriviste, tous critiquent officieusement les abominations
d'un pouvoir mystificateur mais ont peur de s'engager. Ce qui dénote
une immaturité manifeste. Il y a comme une sorte de lâcheté
voire de fatalité qui rend perplexe tout observateur de la scène
politique camerounaise sinon «comment se fait-il que les Camerounais,
devant ce système vraiment minable et humiliant n'arrivent pas à
se mettre d'accord sur une base minimale ? (.) » p.192.
Le constat est plutôt pathétique : la ville est individualiste
et ignore toute forme d'organisation solidaire tandis que le village miséreux
et très démuni, se meurt, paupérisé par cette "nomenklatura"
jouisseuse et népotiste. p127
Ce flou politique exercé sur une société désemparée
et confrontée perpétuellement aux crimes non élucidés
a inspiré à l'homme révolté qu'est Mongo Beti le
roman policier tel Trop de soleil tue l'amour. La stratégie de «l'édredon
» choisie par la dictature mafieuse sied mieux avec le roman noir. Car
un écrivain comme il l'affirme est avant tout «un dévastateur
».
Il doit nécessairement «mettre sa société mal à
l'aise », le roman ici ne traduisant qu'une réalité sinistre
d'un monde angoissé, en pleine déliquescence afin qu'il tende
vers l'idéal. p.129.
En tant que militant, notre auteur note que cette société
manque de leader charismatique, l'élite étant «fondamentalement
impuissante ». Il regrette que les occidentaux aient privé l'Afrique
de ses grands esprits et bien sûr par la connivence des Africains eux-mêmes.
Il établit un parallélisme entre la situation camerounaise et
celle du sud des états- unis dans l'Alabama où
les noirs se sont battus pour se sortir de l'oppression blanche. Il faut à
l 'Afrique un visionnaire de la trempe de Martin Luther King, un homme engagé
et plein d'abnégation, une sorte d'aventurier un peu "fou".
Notre auteur ouvre pour une éducation citoyenne que l'UPC de Ruben Um
Nyobè avait amorcé à travers la formation de la jeunesse
au patriotisme en leur inculquant une dose de militantisme. Dans la même
optique, le but premier de la revue peuples noirs, peuples africains était
de créer une tribune idéologique et psychologique pour les jeunes
: «une solidarité militante».
Sa disparition était due au manque de financement certes mais avant tout
à ce "déficit de militantisme". Car il faut s'organiser
collectivement. p.140 Il faut arriver à trouver des stratégies
pour drainer les revenues privées afin d'exister librement, l'information
étant un des éléments fondamentaux pour la démocratie.
Fort de cette expérience, Beti privilégie le militantisme politique
et social.
Toutefois, notre auteur fait son mea culpa dans les épisodes 3 ; 7. En
ce sens, cette interview est un vrai testament. Il affirme s'être montré
parfois naïf vis- à- vis de la classe politique camerounaise en
pensant que tous les «camarades de combat » avaient la même
conception de la politique, il n'a pas toujours su prendre une distance critique
pour distinguer les opportunistes des vrais opposants. p.137
De plus, étant resté longtemps en exil (épisode 6), il
n'a toujours pas su se montrer patient envers ses compatriotes parmi lesquels
certains dont la mentalité demeure moyenâgeuse ou simplement enlisée
par la machine asphyxiante de l'état postcolonial au point que les divergences
de vue étaient criardes. p.120.
L'idéologue s'est montré parfois très ambitieux en minimisant
les écueils qui pouvaient jalonner la réalisation de ses rêves
comme celui de devenir journaliste, exemplifié par la création
de la revue peuples noirs devenue «économiquement une erreur, une
très grosse erreur» (p.60) ou celui de créer un grand mouvement
écologiste ou encore le plus démentiel comme de produire
une vaste encyclopédie de l'histoire culturelle de l'Afrique et du monde
noir, une sorte d'approfondissement du dictionnaire de la négritude.
Enfin, les jalons lancés à la jeunesse pour une
Afrique future est le travail de démystification du pouvoir par l'action
édifiante : une
aspiration réelle et concrète au changement et l'esprit de créativité.
Il incite à la lutte pour la liberté et au confort en assainissant
d'abord l' environnement politique c'est- à- dire en trouvant des ressources
nécessaires pour éradiquer le néocolonialisme. Car cette
gangrène «peut faire et défaire nos soi- disant élites
à sa guise ». Il faut à cet effet, taire les différences
pour forger une base solidaire, à vrai dire une opposition unie. Ce réveil
de la conscience du peuple aboutira à la défense des intérêts
collectifs et au respect de la propriété individuelle. Il faut
en Afrique un état national : indépendant et démocratique
qui respecte tous
les droits et la sécurité de la personne.p.191.
Elle doit effectuer une véritable révolution culturelle en donnant
la priorité à l'éducation, à l'information et à
l'histoire nationale. Pour combattre ces «aujoulatismes» :le néocolonialisme,
il faut que la jeunesse sache bien l'histoire du pays. Il faut dire qu'«un
peuple qui ne sait pas lire ne peut pas se développer ». Ensuite,
pourrons- nous travailler en profondeur sur le choix d'une langue nationale,
les journaux et maisons d' éditions autonomes. Enfin, on établira
une franche coopération multinationale puisqu'on inspirera le respect
de l'extérieur comme à l' intérieur. p. 180.
Le continent noir doit s'inscrire dans la transhistoricité en fixant
de grands projets culturels. Celui de l'encyclopédie de l'histoire sera
non seulement l'affirmation de l'identité nègre mais aussi le
couronnement de cette révolution. En l'occurrence, la redécouverte
des grands génies noirs comme Mortenol (1859-1930) qui a inventé
les projecteurs et a activement
ouvre dans la guerre de 1914-18 semble primordiale pour l'émancipation
du jeune noir. P.173
Avec beaucoup d'optimisme notre combattant infatigable lègue à
la jeunesse l 'idéal révolutionnaire dans la non-violence, l'engagement
totalement désintéressé, en somme. C'est pour cela qu'il
mise sur le culte de la résistance, sur une «longue fermentation
» pour en arriver progressivement à la maturité. Cette persévérance
lui permettra d'arracher de haute lutte ce
qui leur est dû et de mieux comprendre le sens profond de ce combat. Ce
fils du terroir note qu'il y a malgré tout, des velléités
d'unité, une volonté de devenir une «nation » mais
que celle-ci demande à être raffermie par une éducation
civique. Ces énergies positives lorsqu'elles sont mieux canalisées
se traduisent à l'image de l'équipe nationale qui incarne le patriotisme
car les Camerounais ont «cette espèce d'enthousiasme extraordinaire.
». Aux générations futures de continuer ce combat car dit-
il «je suis vieux». Ici le testament est poignant car on dirait
que l'auteur pressentait sa fin. p.168.
Au regard de ces analyses prestigieuses, on peut admirer la qualité
de cette interview :
Sur le plan épistémologique, elle est un triptyque, une vraie
boucle. Elle respecte scrupuleusement l'esthétique holistique négro-africaine
perceptible dans l'épisode 2 «de Mbalmayo à Aix et le retour
». Elle ressemble à bien des égards, au parcours initiatique
du héros betien en quête de maturité, de ressourcement et
en perpétuel mouvement. Elle apporte un éclairage non seulement
sur cette personnalité ô combien énigmatique mais aussi
sur la densité de son ouvre. C'est une véritable mission terminée.
Sur le plan de la recherche proprement dite, elle vient à point nommé
dévoiler avec une extrême rigueur méthodologique dans le
maniement des outils conceptuels sociopolitiques et littéraires, le talent
de cet écrivain de génie. L'ouvrage renferme de nombreuses informations
bénéfiques aux chercheurs sur la politique et la géopolitique
camerounaise, les relations
Nord-Sud et sa conception de l'écriture, etc. Tous les aspects de la
société y sont abordés. L'homme étant doté
d'une culture générale impressionnante, cette interview gagnerait
à toucher un public plus large grâce aux supports médiatiques
modernes et surtout oraux : le disque laser, les cassettes audio et vidéo
avec un sous-titrage en d'autres langues.
Sur le plan formel, l'auteur a fait preuve d'originalité en laissant
parler l'interviewé ; méthode qui ne passe pas inaperçue,
mais nous aurions souhaité que les idées éparses soient
agencées. Cette redondance est parfois lassante malgré la délicatesse
qu'il a eue d'indiquer les titres et les sous-titres qui malheureusement, ne
coïncident pas toujours avec les idées- maîtresses des épisodes,
par exemple, le titre de l'épisode 3 «l'infatigable pamphlétaire»
pouvait bien être celui de l'épisode 7 puisque ici Mongo Beti
est "sur les traces de Voltaire". Mais ceci n'est qu'un détail
qui n'occulte nullement la qualité de l'entretien, le souci de notre
critique étant de respecter la parole- symbole, cette parole précieuse
tantôt iconoclaste tantôt primesautière mais profondément
humaine et salvatrice.
Cette éclipse dorénavant chargée de sens ne justifie-t-elle
pas la modestie d'Ambroise Kom comme cette volonté indicible de soutirer
à ce prophète qui tirait sa révérence «cette
calebasse sacrée » omnitemporelle et transhistorique ? Une transmission
si mystérieuse !